créé par Tanaka le 11/05/2024, modifié par Tanaka le 01/02/2026
Comme l’indique le titre, cette étude propose une analyse préliminaire des événements ayant conduit à la guerre russo-ukrainienne, déclenchée en 2022.
Parmi les jalons essentiels à l’analyse, l’année 2014 occupe une place centrale. L’année 2022 constitue naturellement un tournant majeur, tandis que 2004 mérite également d’être prise en considération pour comprendre certains développements politiques et sociétaux antérieurs.
Enfin, une mise en perspective historique succincte de cette région permet d’apporter un éclairage plus approfondi sur les origines de ce conflit opposant deux peuples souvent qualifiés de « cousins millénaires ».
Après la dislocation de l’empire des Huns au Ve siècle, l’espace eurasiatique connaît d’importants mouvements de population. Les peuples germaniques (Goths), turcs (Avars, Khazars) et slaves se déplacent à travers les plaines d’Europe orientale. À partir du VIe siècle, les populations slaves - déjà nombreuses dans les zones de la Vistule, du bassin du Dniepr et jusqu’à la mer Noire - s’organisent en sociétés agricoles et commerçantes le long des grands axes fluviaux.
Au cours de ces phases d’expansion, des groupes slaves s’établissent dans diverses régions : les Polianes sur les plaines fertiles du bas Dniepr, les Drevlianes dans les zones boisées, les Drégovitches entre Pripet et Dvina, et les Polotchanes le long de la Dvina. Cette diversité tribale traduit des processus d’implantation régionale plutôt que des migrations uniques et linéaires.
Au IXe siècle, les voies fluviales qui relient la mer Baltique à la mer Noire favorisent les échanges entre populations slaves, finnoises et des marchands guerriers scandinaves appelés Varègues. Ces derniers, connus dans la côte suédoise sous le nom de Rus’, tirent profit des trafics de fourrures, de cire, de miel et d’esclaves tout au long de ces routes commerciales.
Selon la Chronique des temps passés, des tensions internes entre tribus slaves conduisent celles-ci à inviter des seigneurs varègues pour restaurer l’ordre autour de 862, un épisode connu sous le nom de « l’appel des Varègues ». Les Varègues dirigés par Rurik s’installent alors à Novgorod, amorçant la dynastie des Riourikides.
Après la mort de Rurik, son parent Oleg le Sage étend l’influence varègue vers le sud : il se rend maître de Smolensk puis de Kiev vers 882, mettant fin à la domination khazare dans la région et établissant la ville comme centre politique d’un nouvel ensemble politique, la Rus’ de Kiev. Cette entité politique, intégrant populations slaves, finnoises et varègues, s’impose grâce à sa position stratégique sur le Dniepr et sur les routes commerciales entre la Baltique et Byzance.
Sous le règne de Sviatoslav Ier (vers 945-972), la Rus’ étend son influence vers les steppes et contre les Khazars, et ses forces s’aventurent jusqu’aux frontières byzantines. Après avoir consolidé ces conquêtes, Sviatoslav meurt assassiné en 972, laissant un héritage de puissance militaire mais aussi de fragmentation politique entre ses fils.
Son second fils, Vladimir Ier (980-1015), parvient à réaffirmer l’autorité centrale sur l’ensemble de la Rus’ de Novgorod à Kiev. En 988, il se convertit au christianisme byzantin et impose cette religion comme religion d’État. Ce baptême, appuyé sur une alliance matrimoniale avec Anne, sœur de l’empereur byzantin Basile II, a pour effet de renforcer l’intégration religieuse et culturelle des territoires de la Rus’ dans l’héritage orthodoxe byzantin.
À la mort de Vladimir en 1015, une guerre de succession oppose ses fils pour la domination de Kiev. Après une série de conflits, Iaroslav le Sage s’impose comme grand prince et règne de 1019 jusqu’à sa mort en 1054. Il organise l’administration en répartissant les terres entre les membres de sa famille, créant ainsi des principautés relativement autonomes, destinées à stabiliser la succession, mais qui favorisent à long terme des rivalités durables entre les différentes branches de la maison des Riourikides.
Après la mort de Iaroslav en 1054, le titre de grand prince de Kiev circule entre plusieurs membres de sa famille, illustrant la fragilisation progressive du pouvoir central : Iziaslav Ier, Sviatoslav II, puis un parent plus éloigné, Vseslav de Kiev, accèdent successivement au trône.
En 1078, Vsevolod Ier de Kiev, le plus jeune des fils de Iaroslav, accède au pouvoir et règne jusqu’en 1093. Il est ensuite remplacé par Sviatopolk II, qui gouverne jusqu’en 1113. Sous ce dernier, le congrès de Lioubetch (1097) tente d’établir des règles de succession plus claires afin de limiter les conflits internes entre princes.
De 1113 à 1125, sous l’autorité de Vladimir II Monomaque, fils de Vsevolod Ier et petit-fils de Iaroslav le Sage, la dynastie riourikide poursuit son règne à Kiev. Vladimir se distingue par ses campagnes militaires contre les nomades des steppes et par ses efforts constants pour réduire les luttes entre princes. Son règne marque l’une des dernières périodes de relative unité et de stabilité interne de la Rus’ de Kiev, bien que les tensions n’aient jamais totalement disparu.
À la mort de Vladimir en 1125, son fils Mstislav Ier, dit Mstislav le Grand, lui succède comme grand prince de Kiev et règne jusqu’en 1132. Il poursuit en partie la politique de son père, mais c’est sous son règne que les forces centrifuges commencent à s’intensifier : à la fin de son gouvernement, la cohésion politique qui caractérisait encore partiellement l’État kiévien se désagrège de manière durable.
En 1132, à la mort de Mstislav, son frère Iaropolk II Vladimirovitch devient grand prince de Kiev (1132–1139). Il hérite d’un territoire déjà profondément fragmenté, marqué par des querelles princières récurrentes et par l’autonomie croissante des grandes principautés. Les sources indiquent qu’Iaropolk, malgré certaines compétences militaires, ne parvient pas à restaurer une autorité centrale effective sur l’ensemble de la Rus’.
Cette période est ainsi caractérisée par une désunion croissante des principautés : Kiev cesse progressivement d’être le centre incontesté d’un pouvoir unifié. Le titre de grand prince devient un enjeu disputé non seulement par les fils et parents de Vladimir II, mais aussi par les différentes branches de la maison riourikide et par les élites locales. Les rivalités internes se manifestent par des conflits réguliers entre lignées telles que les Monomakhovitchi, les Mstislavitchi et les Olgovitchi, traduisant l’émergence d’un système politique dans lequel les grandes principautés se gouvernent de plus en plus de manière autonome.
Pour conclure, à l’apogée de la Rus’ de Kiev, au XIe siècle, plus de cinq branches principales de la maison des Riourikides se partagent le pouvoir. L’État s’étend alors des rivages de la mer Baltique aux abords de la mer Noire, couvrant une vaste partie de l’Europe orientale actuelle. Vers l’ouest, son influence atteint la principauté de Galicie-Volhynie, aux confins des Carpates. Au début du XVIIIe siècle, on recensait encore quarante-sept familles princières issues de cette lignée, dont trente-six subsistaient encore dans les années 1880.
La première scission politique interne majeure de la Rus’ de Kiev est généralement datée de 1136, lorsque les élites de Novgorod — boyards, aristocratie foncière et puissantes corporations marchandes — se soulèvent contre l’autorité princière. Cette révolte aboutit à la déposition de Vsevolod Mstislavitch, alors prince de Novgorod et petit-fils de Vladimir II Monomaque. Les Novgorodiens lui reprochent principalement ses échecs militaires ainsi que son incapacité à défendre efficacement les intérêts de la cité. Emprisonné puis expulsé, Vsevolod est le dernier prince imposé automatiquement par le grand prince de Kiev.
Cet épisode marque une rupture fondamentale : Novgorod met fin au principe de nomination dynastique descendante et affirme sa capacité à choisir — et à révoquer — ses princes. La ville entre ainsi dans une phase d’autonomie politique accrue, au cours de laquelle le pouvoir effectif se déplace vers l’assemblée urbaine, le veche. Dominé par les grandes familles boyardes et les élites marchandes, ce dernier devient l’organe central de décision politique, contrôlant la diplomatie, la guerre et la désignation des autorités.
L’événement de 1136 est innovant et structurant à plusieurs niveaux :
La trajectoire de Novgorod illustre ainsi un modèle alternatif à celui de Kiev : une cité-État oligarchique, fondée sur la puissance économique, le commerce à longue distance et la négociation politique, capable de limiter durablement l’influence princière. Dans le même temps, ailleurs dans la Rus’, le système successoral fondé sur le partage dynastique continue de morceler le territoire en une multitude de principautés rivales, conduisant à l’existence de plus de cent cinquante principautés sur l’espace de l’ancienne Rus’ de Kiev au début du XIIIe siècle.
L’invasion mongole des principautés de la Rus’ constitue l’un des bouleversements majeurs de l’histoire politique de l’Europe orientale médiévale. Le premier contact armé a lieu en 1223, lorsque Mstislav le Téméraire, prince de Galicie-Volhynie, allié aux Coumans menacés par l’expansion mongole, parvient à fédérer plusieurs princes de la Rus’, notamment ceux de Kiev, de Smolensk et de Tchernigov. La bataille de la Kalka se solde par une défaite écrasante des forces russo-coumanes. Cette victoire n’est toutefois pas immédiatement exploitée : les Mongols, alors en phase de reconnaissance stratégique, se contentent de raids en Crimée avant de se retirer vers l’Asie centrale. Cette retraite contribue à une sous-estimation durable de la menace par les princes de la Rus’.
La véritable conquête débute en 1237–1238 sous la direction de Batu Khan, petit-fils de Gengis Khan. Les armées mongoles écrasent successivement les principales principautés du nord-est et du sud de la Rus’, notamment Riazan, Vladimir, Moscou, Pereyaslavl et Tchernigov. Le siège et la prise de Kiev en décembre 1240 marquent un tournant décisif. Bien que Kiev ne soit déjà plus le centre effectif du pouvoir politique, sa destruction scelle symboliquement l’effondrement de l’unité de la Rus’ kiévienne.
L’invasion mongole ne se limite pas à une phase de pillages et de destructions : elle s’inscrit dans la mise en place d’un système de domination durable, incarné par la Horde d’Or, issue de l’ulus de Jochi. Contrairement à une occupation directe, cette domination repose sur un contrôle indirect et pragmatique. Les princes locaux conservent leurs titres et leurs structures administratives, mais doivent reconnaître la suzeraineté du khan, obtenir un yarlik d’investiture, s’acquitter d’un tribut régulier (vykhod) et fournir une assistance militaire. Des agents mongols, les baskaks, supervisent initialement la levée des impôts, avant que cette fonction ne soit progressivement confiée aux élites locales, en particulier aux princes les plus fidèles. Cette forme de domination, qualifiée par Charles Halperin de « système impérial flexible », permet à la Horde d’Or de contrôler de vastes territoires à moindre coût administratif.
En 1245-1246, trois des principaux princes sont convoqués à la cour de Batu Khan (Saraï, au bord de la Volga) : Iaroslav II de Vladimir, Michel (Mikhail) de Tchernigov et Daniel de Galicie-Volhynie. Daniel se plie scrupuleusement aux usages de la cour mongole et obtient son yarlyk. Michel, en revanche, refuse de se prosterner devant les idoles païennes ou d’accomplir les rites païens exigés ; il est exécuté le 20 septembre 1246 (étranglé ou piétiné selon les sources), devenant plus tard un saint martyr dans la tradition orthodoxe. Quant à Iaroslav II, qui s’était déjà soumis auparavant, il entre en conflit avec Töregene (mère de Güyük Khan) ; il meurt subitement quelques jours après son retour, probablement empoisonné (la tradition russe accuse souvent Töregene), bien que certaines sources évoquent aussi la lèpre.
Le fils d’Iaroslav, Alexandre Nevski, adopte une stratégie de soumission pragmatique et lucide envers la Horde d’Or. Conscient de l’impossibilité d’une résistance militaire victorieuse face aux Mongols, il choisit de préserver l’intégrité de ses terres et le maximum d’autonomie interne en acceptant la suzeraineté mongole. Cette politique lui permet de concentrer ses forces contre les menaces venues de l’Ouest : il remporte les victoires décisives de la Neva (1240) contre les Suédois et du lac Peïpous (bataille sur la glace, 1242) contre les chevaliers teutoniques et livoniens. Ces succès stoppent net l’expansion catholique et l’influence germanique sur les terres orthodoxes de Novgorod et de Pskov.
Alexandre privilégie donc la survie physique et spirituelle de son peuple à une indépendance immédiate mais suicidaire. À l’inverse, Daniel de Galicie-Volhynie opte pour une orientation pro-occidentale : il recherche activement des alliances avec la Hongrie, la Pologne et même la papauté (qui le couronne roi de Ruthénie en 1253). Ce choix expose cependant son principat à une forte influence polonaise puis lituanienne, et finit par entraîner son intégration progressive dans l’orbite de ces puissances catholiques voisines.
Ainsi, les deux stratégies incarnent deux visions opposées face à la domination mongole :
Ces choix divergents ont profondément marqué l’histoire russe : l’un contribue à poser les fondations de l’État moscovite futur, l’autre illustre les limites et les risques d’une orientation pro-occidentale dans le contexte du XIIIe siècle.
À partir des années 1370, la Horde d’Or s’affaiblit. Les princes russes, menés par Dimitri de Moscou, refusent de plus en plus le paiement du tribut. En 1378, Mamaï envoie une expédition punitive : elle est écrasée par Dimitri sur la rivière Voja (11 août). Mamaï rassemble alors une grande armée. Le 8 septembre 1380, Dimitri remporte une victoire décisive sur le champ de Koulikovo (confluent du Don et de la Népriavda). Mamaï est défait ; sa puissance s’effondre. Dimitri reçoit le surnom de Donskoï. Ces batailles marquent le premier recul majeur de la domination mongole et renforcent l’ascendant de Moscou sur les autres principautés russes, même si le tribut reprend en 1382 après le sac de Moscou par Tokhtamych en vengeance de la défaite du Koulikovo. Koulikovo reste un symbole fondateur de la résistance nationale russe.
À partir du XIVe siècle, la principauté de Moscou connaît une ascension progressive qui lui permet de s’imposer comme le centre politique majeur des terres russes. Profitant du déclin de l’autorité mongole et de sa position stratégique, Moscou renforce son influence sur les autres principautés russes. Ivan III, dit Ivan le Grand, joue un rôle déterminant dans ce processus : il met fin à la domination de la Horde d’Or, annexe plusieurs principautés voisines et engage une politique de centralisation du pouvoir, posant ainsi les fondations d’un État russe unifié et puissant.
Cette dynamique se poursuit au XVIe siècle sous le règne d’Ivan IV, surnommé Ivan le Terrible. En 1547, il se proclame tsar, affirmant ainsi la souveraineté et la continuité impériale de la Russie. Son règne se caractérise par un renforcement autoritaire du pouvoir central, une réduction de l’autonomie des nobles et une politique d’expansion territoriale ambitieuse. Ivan IV étend considérablement les frontières vers l’est et amorce la conquête de la Sibérie, ouvrant la voie à l’extension de la Russie sur un immense espace eurasiatique.
Après une période de profond désordre politique et social connue sous le nom de Temps des Troubles, qui s’étend de la fin du XVIe au début du XVIIe siècle, la Russie retrouve une certaine stabilité avec l’élection de Michel Romanov comme tsar en 1613. Cet événement marque le début de la dynastie des Romanov, appelée à gouverner le pays pendant plus de trois siècles, jusqu’à la révolution de 1917. Sous leur autorité, l’État russe se consolide progressivement et renforce son pouvoir central.
À la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, Pierre le Grand (1689-1725) engage une vaste politique de modernisation visant à transformer la Russie en une grande puissance européenne. Il réforme l’administration, modernise l’armée et crée une marine de guerre performante. Symbole de cette ouverture vers l’Occident, il fonde en 1703 la ville de Saint-Pétersbourg, qui devient la nouvelle capitale impériale et incarne la volonté de rapprocher la Russie de l’Europe occidentale.
Au XVIIIe siècle, Catherine II, dite Catherine la Grande, poursuit cette politique de renforcement de l’État et d’expansion territoriale. Son règne est marqué par l’agrandissement de l’Empire russe, notamment vers la mer Noire, ainsi que par le développement culturel et intellectuel, souvent qualifié d’« ère des Lumières russe », même si le pouvoir reste largement autoritaire.
Au XIXe siècle, l’Empire russe est marqué par un contraste saisissant entre expansion impériale, réformes ambitieuses et blocages structurels profonds. Engagé dans de multiples conflits militaires – guerre contre la Perse (1826-1828), contre l’Empire ottoman (1828-1829), intervention répressive en Pologne (1830-1831), guerre de Crimée (1853-1856) qui révèle cruellement l’arriération technique et logistique de l’armée –, la Russie affirme son statut de grande puissance tout en subissant des défaites humiliantes qui exposent ses faiblesses internes.
Face à ces défis, le règne d’Alexandre II (1855-1881), surnommé le « tsar libérateur », voit une vague de Grandes Réformes (Velikie reformy) destinées à moderniser l’empire. La plus significative est l’abolition du servage en 1861 (manifeste du 19 février / 3 mars) : 23 millions de serfs sont affranchis, obtiennent la liberté personnelle et peuvent racheter des terres via des paiements échelonnés sur 49 ans (rachat obligatoire). Cette réforme, motivée par la défaite en Crimée et la peur de soulèvements paysans, s’accompagne d’autres changements : réforme judiciaire (1864, introduction de tribunaux indépendants et jury), réforme militaire (1874, service obligatoire pour tous), autonomie locale accrue via les zemstvos (assemblées provinciales) et les doumas urbaines, et assouplissement de la censure.
Malgré ces avancées, l’industrialisation reste lente et inégale jusqu’aux années 1890 (essor sous Witte avec chemins de fer, capitaux étrangers). L’économie reste dominée par l’agriculture extensive ; les paysans, endettés par les rachats et souvent sous-dotés en terres, conservent un fort ressentiment. Les tensions sociales s’exacerbent : soulèvements paysans sporadiques, montée du populisme (narodniki dans les années 1870, « aller au peuple »), émergence de mouvements radicaux et terroristes (Narodnaïa Volia, assassinat d’Alexandre II en 1881). Politiquement, l’autocratie refuse toute limitation réelle du pouvoir tsariste (pas de constitution ni de parlement national), accentuant l’isolement intellectuel et les frustrations.
Ainsi, le XIXe siècle russe est une période de modernisation partielle et contradictoire : les réformes d’Alexandre II posent les bases d’une transformation socio-économique, mais leur caractère incomplet et tardif, combiné à la répression des oppositions (polonaise, caucasienne, etc.) et à l’arriération persistante, fragilise profondément le régime impérial, préparant le terrain aux crises révolutionnaires du XX? siècle (1905 et 1917).
Parallèlement, les idées nationales issues de la Révolution française (1789) et du Printemps des peuples (révolutions de 1848) stimulent l’émergence d’un nationalisme ukrainien, particulièrement en Galicie sous domination autrichienne (Habsbourg). Moins répressive que la Russie tsariste, la monarchie autrichienne offre un cadre relativement favorable : abolition du servage en 1848, liberté d’association et de presse relative, tolérance religieuse envers les gréco-catholiques (uniates).
Dès les années 1830, la Triade ruthène (Markiian Shashkevych, Ivan Vahylevych, Yakiv Holovatsky) lance le réveil culturel : publication en 1837 de Rusalka Dnistrovaya, premier almanach en ukrainien vernaculaire (et non en slavon d’église ou polonais), valorisant la langue populaire, le folklore et l’identité ruthène distincte des Polonais et des Russes.
En 1848, lors du Printemps des peuples, les Ruthènes (Ukrainiens) de Galicie s’organisent : fondation du Conseil suprême ruthène (Holovna Rus’ka Rada) à Lviv le 2 mai 1848, première organisation politique ukrainienne légale. Ils revendiquent la reconnaissance de leur nationalité, la division de la Galicie en deux provinces (polonaise et ukrainienne), l’égalité linguistique et culturelle, et l’usage de l’ukrainien dans l’administration et l’éducation. Une garde nationale ruthène est créée, et ils obtiennent des députés au Parlement de Vienne.
Bien que les révolutions de 1848 soient réprimées et que les espoirs d’autonomie immédiate soient déçus (la Galicie reste unie sous domination polonaise locale), ce moment marque le début effectif de l’idée ukrainienne moderne en Galicie : passage d’une identité ruthène confessionnelle et culturelle à une conscience nationale séculière, anti-polonaise et distincte du russophilisme naissant. La Galicie devient le « Piémont ukrainien », berceau du mouvement national ukrainien au XIXe siècle, où se développent presse, sociétés culturelles (comme Prosvita en 1868), partis politiques et intellectuels (populistes/narodovtsi dans les années 1860-1880), posant les bases de l’aspiration à l’unité et à l’indépendance ukrainienne au XXe siècle.
À partir de 1917, la Russie et les territoires voisins connaissent une profonde transformation politique avec la naissance de l’Union soviétique. En 1917, deux révolutions mettent fin au régime tsariste : la Révolution de Février provoque l’effondrement de l’Empire et la chute de la dynastie des Romanov, tandis que la Révolution d’Octobre permet aux bolcheviks, dirigés par Lénine, de prendre le pouvoir.
La guerre civile russe (1917-1922), qui suit immédiatement la Révolution d’Octobre, oppose les bolcheviks (« Rouges »), dirigés par Lénine et Trotsky, à une coalition hétéroclite d’opposants : les armées blanches (monarchistes, libéraux, socialistes modérés comme Dénikine au sud, Koltchak en Sibérie, Wrangel en Crimée), les armées vertes (paysans insurgés contre les réquisitions et la conscription), les anarchistes (comme Nestor Makhno en Ukraine) et divers mouvements nationalistes ou indépendantistes.
Les bolcheviks créent l’Armée rouge (dirigée par Trotsky) et instaurent la Terreur rouge via la Tchéka pour éliminer toute opposition. Ils signent le traité de Brest-Litovsk (mars 1918) avec l’Allemagne, cédant d’immenses territoires pour se concentrer sur la guerre intérieure.
Les Alliés (France, Royaume-Uni, États-Unis, Japon) interviennent militairement à partir de 1918 pour soutenir les Blancs et protéger leurs intérêts, mais de façon limitée et désunie. Les combats les plus intenses se déroulent entre 1918 et 1920 : les Blancs progressent en 1919 (Koltchak vers l’Oural, Dénikine vers Moscou), mais l’Armée rouge, mieux organisée, centralisée et motivée par la propagande (« la patrie en danger »), reprend l’avantage. Koltchak est capturé et exécuté en février 1920 ; Dénikine et Wrangel sont défaits en 1920 (évacuation de Crimée en novembre). Les révoltes paysannes (Tambov, 1920-1921) et la révolte de Kronstadt (mars 1921) sont écrasées.
Pendant cette période, à la suite de la chute de l’Empire austro-hongrois, la Galicie orientale (avec Lviv comme centre) proclame, le 1er novembre 1918, la République populaire d’Ukraine occidentale (ZUNR). Pour défendre cette jeune république face à l’offensive polonaise immédiate, se forme l’Armée ukrainienne de Galicie (UHA), armée régulière de la ZUNR. Son noyau initial était en provenance de la Légion des Fusiliers ukrainiens de Sich (anciens de l’armée austro-hongroise) et divers détachements ukrainiens démobilisés. En complément, une mobilisation générale (hommes de 18 à 35 ans) est décrétée ; l’armée passe rapidement de groupes improvisés à une force structurée : trois corps d’armée (Ier à Kamianka-Strumylova, IIe à Bibrka, IIIe à Stryï), une dizaine de brigades (dont la Brigade des Sich Riflemen, Lviv, Kolomyia, Stryï, etc.), artillerie, cavalerie et même un bataillon juif.
Au pic (1919), l’UHA compte environ 100 000 hommes (dont 30 000–40 000 combattants effectifs au début), bien disciplinée, motivée par l’idéal national et souvent commandée par d’anciens officiers austro-hongrois. Elle mène la guerre ukraino-polonaise (1918-1919) : combats acharnés autour de Lviv (défense de la ville en novembre 1918), puis repli progressif. La Chortkiv offensive (juin 1919) est son plus grand succès temporaire : percée profonde contre les Polonais, mais manque de munitions et soutien allié force le retrait au-delà du Zbruch.
En juillet 1919, l’UHA passe le Zbruch et fusionne avec l’armée de la République populaire ukrainienne (UNR). Elle combat ensuite les Bolcheviks, puis, en novembre 1919, son commandant Myron Tarnavsky signe un accord controversé avec les Blancs d’Anton Denikin (alliance anti-bolchevique à Ziatkivtsi près d’Uman), provoquant une grave crise interne et la colère du gouvernement de la ZUNR (qui le destitue). Décimée par le typhus (qui réduit l’armée de ~20 000 à environ 5 000 combattants valides fin 1919), bloquée, sans ravitaillement et isolée diplomatiquement, l’UHA accepte en février 1920 (accord du 12 février) de rejoindre l’Armée rouge : elle devient la Chervona Ukrainska Halytska Armiia (Armée rouge ukrainienne de Galicie, ChUHA), réorganisée en trois brigades (commandées par Alfred Bizanz, Yuliian Holovinsky et Osyp Stanimir) et intégrée à diverses divisions soviétiques, avec la promesse de combattre uniquement contre les Polonais.
Face à l’ingérence bolchevique, à la propagande communiste et à la dureté des commissaires politiques, le moral s’effondre rapidement. Mi-avril 1920, juste avant l’offensive polonaise en Ukraine (offensive de Kiev), les 2e et 3e brigades désertent massivement l’Armée rouge ; encerclées par les Polonais, elles se rendent et sont désarmées (beaucoup de soldats sont libérés, mais des officiers internés). Les Bolcheviks exécutent en représailles de nombreux Galiciens restés à l’arrière. La 1re brigade continue le combat au sein de la division Tarashcha contre les Polonais, mais est défaite à Makhnivka ; les Polonais laissent la plupart des soldats rentrer chez eux tout en internant les officiers.
Ainsi, fin avril 1920, la ChUHA cesse d’exister. Cette fin tragique illustre l’isolement et l’impuissance de l’UHA face aux grandes puissances environnantes (Polonais, Blancs, Rouges), marquant la fin définitive des espoirs d’indépendance ukrainienne en Galicie orientale pour les décennies suivantes.
L'un des résultat de ces combats est que la Galicie-Volhynie reste sous domination “occidentale”.
La guerre civile s’achève officiellement en 1922 avec la reconquête de l’Extrême-Orient (prise de Vladivostok). Elle cause entre 8 et 13 millions de morts (combats, famines, épidémies comme le typhus, exécutions et terreur), dévaste le pays et accélère la centralisation du pouvoir bolchevik. Elle aboutit à la fondation de l’URSS le 30 décembre 1922, fédérant la Russie, l’Ukraine, sans l'ancienne zone occidentale qui rejoint la Pologne, la Biélorussie et la Transcaucasie, malgré l’indépendance de la Pologne, des États baltes et de la Finlande.
Ainsi, la guerre civile consolide le régime soviétique au prix d’un immense coût humain et d’une économie ruinée (politique du « communisme de guerre »), posant les bases de l’État totalitaire stalinien futur.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’URSS s’impose comme une superpuissance mondiale et entre en rivalité avec les États-Unis dans le cadre de la Guerre froide (1947-1991). Elle étend son influence sur l’Europe de l’Est (via le Pacte de Varsovie en 1955), développe son arsenal nucléaire et s’engage dans une course aux armements, tout en soutenant des mouvements communistes dans le Tiers-Monde. Sous Staline (jusqu’en 1953), puis Khrouchtchev (1953-1964), Brejnev (1964-1982) et ses successeurs, l’URSS connaît une période de stabilité autoritaire, ponctuée de crises (crise de Berlin, Cuba en 1962) et d’une relative détente dans les années 1970.
À partir de 1985, Mikhaïl Gorbatchev lance les réformes de la perestroïka (restructuration économique) et de la glasnost (transparence politique), visant à moderniser le système. Ces changements accélèrent cependant les tensions internes : nationalismes réprimés, crise économique aggravée et affaiblissement du contrôle central. En 1989, la chute du mur de Berlin et les révolutions en Europe de l’Est marquent l’effondrement du bloc soviétique. En 1991, un putsch raté contre Gorbatchev précipite la dislocation : les républiques proclament leur indépendance, et le 8 décembre, la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie signent les accords de Minsk dissolvant l’URSS. Le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne ; l’Union soviétique cesse d’exister, laissant place à quinze États indépendants, dont principalement la Fédération de Russie, la Biélorussie et l'Ukraine.
L’existence de l’Ukraine ne peut être perçue que comme le rêve d’une partie des anciennes populations slaves, coupées de leurs racines kiéviennes par les invasions mongoles – invasions facilitées par l’incapacité de la dynastie riourikide à préserver l’unité de son territoire, rongée par les divisions incessantes liées aux règles de succession.
À cette fracture originelle s’est ajouté un puissant apport occidental, fruit des longues dominations polonaise et autrichienne, qui a profondément transformé l’âme, la culture et les aspirations de ces populations.
L’Union soviétique, bien qu’elle ait réuni ces territoires sur le plan administratif, n’a jamais pu effacer ni ressouder ces divergences accumulées au fil des siècles : elles étaient déjà devenues trop profondes et irréversibles.
À l’inverse, les multiples divisions des principautés de la Rus’ de Kiev, déjà très marquées au XIIe siècle, ont paradoxalement renforcé l’une d’entre elles : la principauté de Vladimir-Souzdal, puis la grande-principauté de Moscou. Située au nord-est, plus éloignée des centres méridionaux ravagés et des axes principaux de la Horde d’Or, elle a mieux résisté à la domination mongole. Après la conquête brutale de 1237-1240 (sac de Kiev en 1240), les Mongols n’exerçaient qu’un contrôle indirect – par le yarlyk et le tribut –, dont l’emprise s’affaiblissait avec la distance et les crises internes de la Horde.
En se posant en intermédiaire loyal auprès des khans (notamment sous Alexandre Nevski), Moscou a accumulé prestige, richesses et pouvoir, éclipsant progressivement les autres centres affaiblis. Elle est devenue le noyau d’un nouvel État centralisé.
La reconquête des anciens territoires kiéviens s’est ensuite imposée comme un devoir historique et une légitimation idéologique : rassembler les « terres russes » dispersées, briser le « joug tatare » (1480, Ivan III cesse de payer le tribut), et revendiquer l’héritage kiévien comme fondement de la puissance moscovite. Ivan III se proclame « souverain de toute la Rus’ », annexe Novgorod (1478), conquiert des territoires lituaniens et pose les bases d’une Russie réunificatrice, présentée comme la continuatrice légitime et unique de la Rus’ originelle.
La dislocation de l’URSS le 26 décembre 1991 accentue les tensions en Crimée, où la population majoritairement russophone aspire à rester dans l’orbite de Moscou. Dès le 20 janvier 1991, un référendum avait rétabli le statut de République socialiste soviétique autonome de Crimée (RSSA) au sein de l’URSS (93 % de « oui » sur plus de 80 % de participation), posant les bases d’une autonomie accrue.
Après l’indépendance ukrainienne, les autorités criméennes proclament, le 26 février 1992, la dissolution de la RSSA et la création de la République de Crimée ; une Constitution est adoptée le 5 mai 1992, affirmant une souveraineté conditionnelle au sein de l’Ukraine. Kiev suspend rapidement ces actes, mais accepte un compromis en reconnaissant l’autonomie limitée.
De 1992 à 1995, une vague autonomiste et pro-russe s’intensifie : amendements constitutionnels, création du poste de président de Crimée (loi de 1993), élection de Youri Meshkov (pro-russe) en janvier 1994 (72,9 % au second tour), et référendum du 27 mars 1994 (soutien massif à une plus grande autonomie, à la double citoyenneté russo-ukrainienne et à l’égalité des décrets présidentiels avec les lois).
Cette poussée séparatiste provoque une reprise en main ferme par Kiev : en mars 1995, des unités de la Garde nationale ukrainienne et des forces de sécurité sont déployées à titre préventif pour éviter des troubles et sécuriser les institutions. Le 17 mars 1995, la Verkhovna Rada ukrainienne suspend le président Meshkov, abolit la Constitution de 1992, supprime le poste de président, abroge toutes les lois et décrets contradictoires avec le droit ukrainien, dissout la République de Crimée et la remplace par la République autonome de Crimée (loi du 17 mars 1995). Meshkov est démis et exfiltré vers Moscou. La Russie ne reconnaît ce nouveau statut qu’en 1997 (traité d’amitié russo-ukrainien du 31 mai 1997 et accord sur le partage de la flotte de la mer Noire).
Le 21 octobre 1998, le Parlement criméen adopte une nouvelle Constitution (approuvée par la Rada suprême d’Ukraine le 23 décembre 1998 et entrée en vigueur le 12 janvier 1999), qui restreint sensiblement l’autonomie : la Crimée reste une entité administrative et territoriale autonome au sein de l’État unitaire ukrainien, avec budget propre mais sous contrôle central renforcé. La langue officielle est l’ukrainien (bien que le russe domine dans la pratique), et Sébastopol conserve un statut spécial (ville à statut autonome, base navale russe jusqu’en 2017 via l’accord de 1997).
Ce texte suscite de nouvelles tensions entre pro-russes et pro-occidentaux, tant en Crimée qu’en Ukraine, exacerbées par le statut de Sébastopol (siège stratégique de la flotte russe de la mer Noire) et les incertitudes sur le retrait ou le maintien de la présence navale russe. Ces différends nourrissent des inquiétudes persistantes sur les relations russo-ukrainiennes jusqu’aux crises ultérieures.
Une première vidéo qui permet de comprendre l'origine des troubles à l'est de l'europe occidentale (reportage pour Canal+ de Manon LOIZEAU - États Unis : à la conquête de l'Est) : https://www.youtube.com/embed/i9YwhvknaUk
Une deuxième vidéo sur ce sujet peut être visionné pour comprendre une partie de cet antagonisme (reportage de Paul MOREIRA - Ukraine : les masques de la révolution) : https://www.youtube.com/watch?v=6VO0f43dcLQ
Volodymyr Zelensky signe le décret présidentiel n° 117/2021 du 24 mars 2021, qui met en œuvre la « Stratégie de déoccupation et de réintégration des territoires temporairement occupés de la République autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol ». Ce document, adopté par le Conseil national de sécurité et de défense le 11 mars 2021, définit un ensemble de mesures diplomatiques, économiques, informationnelles, humanitaires et autres pour restaurer la souveraineté ukrainienne sur la Crimée (annexée par la Russie en 2014). Il n’appelle pas explicitement à une reconquête militaire du Donbass, mais il réaffirme la priorité de la restauration de l’intégrité territoriale ukrainienne, y compris via des pressions internationales et asymétriques. Moscou l’interprète comme une menace stratégique globale, incluant le Donbass.
Le 16 février 2022, les services de renseignement occidentaux, ukrainiens et russes constatent une nette augmentation des tirs d’artillerie et des violations du cessez-le-feu le long de la ligne de contact dans le Donbass (oblast de Donetsk et Louhansk). Les rapports quotidiens de la Mission spéciale d’observation de l’OSCE (SMM) documentent cette escalade : le 17 février, 128 explosions sont enregistrées dans le Donetsk (contre 24 la veille) et 188 dans le Louhansk ; les jours suivants (18-20 février), les chiffres explosent (plus de 1 100 explosions dans le Donetsk et 926 dans le Louhansk entre le 18 et le 20 février), avec des violations totales dépassant 2 000 par jour dans certaines zones. Ces incidents, incluant des tirs d’artillerie lourde, de mortiers et d’armes légères, touchent des zones résidentielles et causent des victimes civiles des deux côtés, bien que les rapports OSCE ne déterminent pas toujours l’origine précise des tirs.
Cette intensification s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes depuis janvier 2022, avec une hausse générale des violations (plus de 8 000 enregistrées par l’OSCE depuis le début de l’année selon des déclarations russes). Les autorités russes et séparatistes y voient une préparation ukrainienne à une offensive contre les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk (RPD et RPL), alléguant une menace imminente pour les populations russophones.
La Russie présente son intervention militaire du 24 février 2022 (« opération militaire spéciale ») comme une mesure préventive pour contrer cette « menace » : protection des populations du Donbass (allégations de « génocide » non étayées par des preuves indépendantes), démilitarisation et « dénazification » de l’Ukraine, et réponse à une escalade supposée initiée par Kiev. Le 21 février, Poutine reconnaît officiellement les RPD et RPL comme États indépendants et conclut des traités d’assistance mutuelle, invoquant l’article 51 de la Charte de l’ONU (légitime défense collective). Ces justifications sont largement rejetées par la communauté internationale comme infondées et contraires au droit international (interdiction de l’usage de la force, intégrité territoriale de l’Ukraine).
Le président russe définit alors les objectifs de cette intervention :
Ce point n’est pas central, mais il permet de comprendre comment ce conflit se terminera, quoi qu’il arrive.
Depuis la dislocation de l'URSS et la création de l'état ukrainien dans ces frontières initiales, sa population est en constante décroissance, puisqu'à cette époque l'Ukraine avait une population d'environ 52 M d'habitants.
En 2014, la population de l'Ukraine n'est plus que d'environ 44 M, avec un taux de fécondité de 1,51 (données de 2015). Lors des évènements de l'Euro-Maïdan, des manifestations pro-russes ont lieu dans plusieurs oblasts, surtout localisés dans le croissant sud-est de l'Ukraine. Ceci mène à la sécession de 3 oblasts à la suite de référendum interne. Les populations de ces oblasts sont estimés en 2014 au nombre de :
Au démarrage du conflit en 2022 et tout au long de celui-ci, 5 M de personnes se sont expatriés en occident et 7,5 M ont rejoint la Russie (données interprétées du HCR).
Pour ce qui est de la population ayant rejoint la Russie, celle-ci semble correspondre à la population qui serait passé sous contrôle de la Russie à la suite de la guerre.
Il n'en reste pas moins que la population actuelle sous la responsabilité directe de l'Ukraine est alors de 31 M, avec une pyramide des âges en 2021 (repris sur wikipedia dans l'article “Démographie de l'Ukraine”) :

En 2014, la Russie comporte 143 M d'habitants, avec un taux de fécondité de 1,75.
L'intégration de la population des oblasts annexés entre 2014 (Crimée) et 2023 (Donetsk, Louhansk, Zaporojié et Kherson) augmente la population de la Russie à 150 M.
Nous nous retrouvons avec une guerre entre 2 pays dont le rapport démographique est d'environ 5 contre 1. Il est très facile de comprendre qui ne peut que gagner. Et plein de personnes pense que la Russie va perdre ?